Research Summary

Les contours du racisme anti-Noirs : s’engager dans la lutte contre l’oppression depuis des espaces incarnés

2014

Les contours du racisme anti-Noirs : s’engager dans la lutte contre l’oppression depuis des espaces incarnés

3 weeks ago 3 weeks ago Published by
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1. Sur quoi cette recherche porte-t-elle?
Cette recherche porte sur la façon dont les Noirs vivent le racisme au Canada. Elle se concentre sur les différentes couches de racisme anti-Noirs et sur la façon dont même les personnes investies dans la lutte contre ce racisme sont parfois impliquées dans son fonctionnement.

2. Où la recherche a-t-elle eu lieu?
Les observations et les réflexions sur lesquelles se fonde cet article ont été faites sur le site (Kitchener-Waterloo) d’un projet de recherche englobant plusieurs sites établis dans trois grandes villes d’accueil d’immigrants du Canada anglophone : Toronto, Vancouver et Kitchener-Waterloo. Le projet de recherche s’est déroulé dans le contexte d’une augmentation présumée de la violence chez les jeunes dans les grandes villes, ce qui aurait eu des répercussions disproportionnées sur les jeunes racialisés. Le projet explorait les pratiques de guérison utilisées par les jeunes face à la violence.

3. Sur quoi cette recherche porte-t-elle?
Cet article relate les expériences des auteurs, à savoir quatre Noirs dans une université de l’Ontario : deux professeurs et deux doctorants. Tous les auteurs sont originaires du continent africain et se sont installés au Canada en tant que réfugiés ou immigrants avec leurs familles. Ils ont tous été impliqués dans la lutte contre le racisme anti-Noirs, et ont tous travaillé ensemble sur le projet de recherche susmentionné dans des rôles différents.

« L’oppression raciale est une forme traumatisante de violence interpersonnelle qui peut lacérer l’esprit, marquer l’âme et perforer la psyché. » (p. 25)

4. Comment la recherche a-t-elle été faite?
Alors qu’ils travaillaient sur le projet de recherche susmentionné (qui visait à étudier les pratiques de guérison des jeunes racialisés au Canada), les auteurs de cet article ont été « stupéfaits » (p. 22) de constater que la violence qu’ils étudiaient n’était pas seulement pertinente pour les jeunes du projet, mais aussi pour leurs propres expériences. Dans cet article, les auteurs se livrent à une réflexion critique sur leurs expériences individuelles et communes de différents types de racisme anti-Noirs et sur leur adoption d’une pratique anti-oppressive (PAO) pour contrer le racisme.

5. Quelles sont les principales constatations?

Dans le contexte de leur propre PAO, les auteurs recensent trois interprétations du terme « racisme anti-Noirs » et réfléchissent à leurs expériences concrètes de ces interprétations.

a) Le racisme anti-Noirs (R-AN)

  • Ce vocable décrit le type de racisme dirigé contre les personnes Noires.
  • Les personnes Noires ne vivent pas toutes le racisme anti-Noirs de la même manière. Les Jamaïcains étaient souvent stéréotypés comme des criminels, mais comme la mondialisation et l’économie de marché libre amènent les jeunes Africains à occuper des emplois précaires au Canada, les Africains Noirs — et plus particulièrement les Somaliens — sont plus récemment devenus les cibles de ce stéréotype; à ce titre, leurs vies sont dévalorisées par les acteurs du courant dominant.
  • Cela comprend le racisme anti-Noirs africains qui :
    • dévalorise les Noirs du continent africain; alors que le racisme biologique explicite « à l’ancienne » est désormais socialement inacceptable, les images et les conceptions de l’Afrique comme « arriérée », « sauvage » et « non civilisée » subsistent de manière subtile et ont été naturalisées et intégrées au fil du temps, ce qui se répercute sur les expériences quotidiennes de racisme des Noirs issus du continent africain.
    • homogénéise les Noirs africains, en imaginant qu’ils viennent tous d’un seul petit village, malgré l’incroyable diversité du continent et des expériences de chacun. Lorsque les Noirs africains ne correspondent pas à ces stéréotypes populaires étroits, le courant dominant est déstabilisé et ne sait pas comment réagir.
    • crée des obstacles dans le domaine des soins de santé, de l’emploi et des milieux sociaux, ainsi qu’au sein des établissements universitaires.
  • Le fait de livrer des témoignages et de parler d’expériences de racisme anti-Noirs peut être considéré comme une manière de s’engager dans la PAO qui peut mener à la guérison et inciter à l’action pour la justice sociale.

 b) Le racisme anti-Noirs (RA-N)

  • Cette expression décrit une prise de position contre le type de racisme que les Noirs perpétuent les uns envers les autres.
  • Il peut être utile de lire Fanon (1967) pour comprendre ce que les auteurs appellent le racisme intériorisé, dans lequel, après avoir vécu plusieurs cas de discrimination et d’oppression, les Noirs en viennent à croire et à perpétuer les idées et les comportements racistes qui ont été utilisés contre eux. Pour les Africains Noirs, ce type de racisme peut également être lié à l’histoire de la colonisation et à la façon dont la violence coloniale peut être intériorisée par certains, déformant l’image et la conscience de soi.
  • Malgré la douleur du racisme noir intériorisé, les auteurs insistent sur le fait que les gens peuvent encore imaginer et appliquer de nouvelles façons de le surmonter, et mettre en œuvre des moyens de guérison et de libération. À ce titre, ils déclarent que le but de leur PAO est d’aider les Noirs à voir les racines de la souffrance, à cesser de se faire du mal et à se renforcer mutuellement.

c) Le racisme anti-Noirs (R-A-N)

  • Ce terme décrit une position qui combine la lutte contre le racisme anti-Noirs et la lutte contre le racisme perpétré par les Noirs; il est impossible de considérer l’un ou l’autre de manière isolée, car ils se renforcent mutuellement. En outre, la race ne doit pas non plus être considérée comme chose isolée; il convient plutôt d’examiner la manière dont elle s’entrecroise avec d’autres aspects de l’identité.
  • Le R-A-N ne peut être compris à l’échelle locale sans prendre en compte les grands processus mondiaux qui créent et maintiennent l’inégalité, l’injustice et la marginalisation; il est particulièrement important de comprendre comment le fait de monter les groupes marginalisés les uns contre les autres maintient l’économie mondiale.
  • La PAO doit trouver des moyens d’honorer les diverses expériences des personnes racisées, plutôt que de les homogénéiser, et, en même temps, de créer un sentiment de collectivité, tout en honorant la différence. Les auteurs reconnaissent les défis que cela représente, et ils s’interrogent sur la manière dont cela devrait se jouer dans la pratique : « Comment s’attaquer au racisme en relation avec toutes les autres formes d’oppression sans diluer l’intensité de la race? » (p. 31)
  • Plutôt que de voir des divisions claires entre « oppresseur et opprimé » et « colonisateur et colonisé », les auteurs soutiennent que nous sommes tous impliqués dans le maintien des systèmes qui créent l’oppression; ils plaident pour que les gens travaillent ensemble et se considèrent comme investis dans la lutte contre la souffrance des autres.

6. Pourquoi cette recherche est-elle si importante pour les interventions auprès des jeunes?
Les auteurs utilisent la narration tout au long de l’article pour illustrer les différentes couches de racisme anti-Noirs en puisant à même leurs propres expériences. Si la narration sert un objectif pratique, elle est également une stratégie de PAO qui sert à inciter les lecteurs à l’action sociale. Les auteurs affirment que la PAO est unique pour chaque praticien et qu’il n’existe pas d’approche universelle. Ils espèrent plutôt que les lecteurs reconnaîtront qu’il existe de nombreuses façons de s’engager dans la PAO et de contribuer à la transformation des communautés.

Pour les intervenants jeunesse, cet article peut servir à rappeler que l’autoréflexivité et la conscience de soi sont de bons points de départ pour s’engager dans la PAO. Les témoignages présentés peuvent également aider les intervenants jeunesse à comprendre les diverses façons dont les jeunes Noirs peuvent être victimes de racisme. De plus, la narration est une méthode qui peut servir d’outil de guérison lorsqu’on travaille auprès de jeunes racialisés.

Kumsa, M. K., Mfoafo-M’Carthy, M., Oba, F., & Gaasim, S. (2014). The contours of anti-Black racism: Engaging anti-oppression from embodied spaces. Journal of Critical Anti-Oppressive Social Inquiry, 1(1), 21-38.

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